Nuit ...
Les batiments deviennent des châteaux hantés, mon vélo, une harley davidson qui sillonent les rues désertes, noires ou peu éclairées ; je n'entend que les roues de mon bolide sur l'asphalte des chemins que j'emprunte, les chocs de ferailles lorsque par mégarde, je passe sur une bosse ou un trou.
Les lumières rendent les buildings mystérieux. leur masse domine chaque parcelle du ciel, si bien que le firmament est composé des lueurs des fenêtres, et non plus des astres. Chaque entrée est une porte vers un secret, un secret bien gardé, pour moi inaccessible, car je ne possède pas le langage. La connaissance se cache dans chaque couloir, derrière chaque porte, chaque pupitre où siège un professeur. Je ne peux pas y accéder.
De temps à autre, j'entends le bruit de quelques fantômes joueurs qui se meuvent dans l'obscurité derrière un ballon. Je distingue quelques lumières rouges, c'est un chemin, un chemin qui s'enfonce dans un forêt de bambous. Je passe la dernière petite lumière du bord de chemin et me voici sur ce sentier de dalles, cerné par deux gigantesques étangs où se reposent d'étranges créatures noires au bec rouges, des oies, canards, que sais-je, elles sont en paix et me regardent passer lentement dans leur demeures fait de nénuphars géants.
L'eau est un miroir menteur, les néons deviennent des nébuleuses qui ondulent et déforment l'espace. Je me perds un moment dans cette autre dimension que j'ai la chance de contempler. Je bifurque sur un autre chemin où je croise quelques étudiants perdus. Les rires d'une classe me tirent de ma rêverie, et je poursuis intuitivement les échos de moquerie dans la nuit. Ils me conduisent à la fenêtre d'une salle de cours, où j'aperçois sur l'écran un koala et un serpent. Insolites rencontres, je continue mon étrange voyage.
Je m'arrête un instant après avoir suivi la route du restaurant monolithique que j'ai reconnu. Mes yeux parcourt par hasard l'enseignement du feng-shui domestique où l'introduction présente les cinq éléments esssentiels de la philosophie chinoise, l'eau, le bois, la terre, le feu et le métal. Figurent ensuite les signes astrologiques du calendrier chinois ; je reconnais mon singe.
Je vois alors la violence d'un dessin japonais où un samouraï hilare décapite de nombreuses créatures, expulsant des gerbes de couleurs. Ce guerrier cotoie de près un étrange assemblage de fleurs, aux motifs variés. Des planches d'anatomie dominent quelques spécimens de batraciens bariolés et de poissons de l'océan indiens. Un délicieux gâteau au chocolat fait de l'ombre aux 1OOO et 1 plus beaux endroits du monde.
Je quitte les montagnes d'Amérique et les replacent aux côté des top models en sous vêtements sur couvertures chatoyantes. Cet étrange tableau me plait beaucoup. Baignés dans la pénombre, les livres les plus insolites en toutes langues se battent pour trouver acquéreur. Les plus gros spécimens ont la faveur des curieux, tandis que les plus colorés devienent la convoitise des tout petits. Dans leurs yeux, je vois l'envie et la curiosité.
La lumière tamise les regards et leur intensité, mais rien ne fait d'ombre à ce petitt bonhomme qui étincelle de bonheur, alors que sa maman regarde tour à tour les livres les plus étranges. Il baigne, pour un moment, dans un océan imaginaire ; les dessins sont son univers, les personnages, ses confidents.
Je retourne, petit garçon, me coucher dans ma chambre.
Promis, la prochaine fois je prendrai des photos.