Hill of fortune
Au hasard, encore une fois je me retrouve sur mon vélo. Au début j'étais supposé repérer la gare dans l'espoir de trouver les bus quittant Hangzhou. J'en sors un peu dépité par le nom des villes écrites en chinois, totalement inaccessible à mon entendement.
La colline sur laquelle pointe quelque antenne éveille ma curiosité. Je me dirige lentement vers cette masse verte qui me parait immense, dans l’espoir de trouver un point de vue où je pourrai laisser aller mon esprit. Je traverse Tianmuchan Lu, une des artères principales de la ville, pour m’enfoncer dans de petites ruelles qui ne manquent pas de charme. Ici la vie chinoise bat son plein ; étroite, puante, bruyante, cette rue agresse les sens. Les gens en ce débute de nuit, mange, joue au carte, achète des vêtements dans les boutiques où d’immenses tas de fringues toisent le passant. J’aime ces rues. C’est ici que le quotidien se joue, pas dans les immenses avenues sur-nettoyées du centre ville.
Je continue mon chemin sur mon bike dans ce dédale multicolore. J’ai l’impression de me jeter alors dans la toile d’une araignée. Partout autour de moi pendent fils électriques et câbles de télévision. Je grimpe encore. Je laisse l’agitation derrière moi pour découvrir des habitations où quelques vieux jouent au gué. Des enfants font pipi dans la rue. Je passe pour un étranger. Leur regard me suit, alors que je continue d’avancer. Puis ils sourient de me voir agiter la tête au rythme de la musique que j’ai dans les oreilles. Les vieux édentés, vestiges d’un passé révolu, statues de marbre brut dans un présent qui va trop vite pour eux.
Je sors alors du petit quartier dans lequel je me trouvais. Je vois alors un temple, enfoncé dans les constructions. Ce temple est le lieu de culte des chinois, non une attraction touristique. Prémices d’une découverte plus solennelle, je fais un voyage à travers la Chine dans cette rue, à travers les regards et la nuit qui tombe.
Je tombe alors sur elle. La porte. L’immense portail qui marque l’entrée de la colline. Mon vélo ne peut me suivre à travers les marches. J’abandonne mon fidèle destrier là, au pied de la montagne, dans l’espoir de le revoir un jour.
Je ne vois pas mes pieds, ni n’entend ma respiration. Mon seul indice est le rythme de ma musique qui guide mes pas. Je sue, je suis fatigué d’avoir pédalé toute la journée dans la ville. Pourtant je ne m’arrête pas, je veux arriver en haut, je veux voir. Je veux accéder à ce sentiment éphémère de puissance, en haut.
Je vois peu à peu les lumières se faire nombreuse, je m’arrête peu. Quelques amoureux descendent, quelques familles. Je dois respirer comme un bœuf car je les intrigue. La nuit se fait encore plus sombre. Les arbres me masquent au monde, je suis désormais ombre invisible dans la nuit, fantôme marcheur errant sans but.
Quelques lampadaires, je vois une carte je ne comprends rien. Est-ce seulement possible d’arriver jusqu’à ces tours que j’ai vu d’en bas ? D’autres lampes plus en amont à travers les arbres. Je poursuis mon chemin rapidement. Je ne grimpe plus je marche. Est-ce bon signe ? Des murs, j’aperçois mes tours, je suis à leur pied. Les portes d’un temple se découpent devant moi. Un Boudha souriant. Je me retourne, je suis sur le cul.
Pour moi seul cette vue, cadeau de la nature récompensant mon obstination à marcher. Quatre ou cinq feux d’artifices explosent dans le ciel, je me déplace, je vois les montagnes noires, les tours étincelantes du centre ville, l’eau brillante du lac.
Je ne suis plus seul. Il y un téléphérique de l’autre côté de la colline. Je suis sur le point le plus haut d’Hangzhou. Des moines s’activent à placer des barrières. Bientôt un jour de fête ? C’est la fête de mi- saison, « la golden week », le festival de mi-automne.
No camera, no paper for draw, i just can write my feelings.
Là-haut je suis libre. Pur hasard de ma volonté, j’ai grimpé seul. No plan, no goal je suis juste curieux chanceux.
So free.