Inside
Alors que la nuit se fait noire, froide, quelques uns bravent l'immensité. L’immensité, monstre omniprésent. Je croise quelques fantômes, spectres pressé des étudiants terrassés par Elle. Ici est notre enfer.
Oui, je déambule le long des immenses bâtiments qui s’offrent tels des montagnes aux yeux des innocents. L’immensité, je marche au travers elle. Les allées se succèdent, du haut du 3ème étage je me rends entre les constructions par une et unique passerelle, voie royale, chemin infini. De part et d’autre, la même vision. Une architecture symétrique, similaire. 3, 4, 5 étages, 5, 6 aires semblables, une douzaine de lumières. Tout est grand autour de moi, la voute céleste, les arches des pavillons, les dalles par milliards. Les salles de classe ne se compte par en centaine mais en milliers. Imaginer le nombre de fauteuil, le nombre de bureau, le nombre de fenêtre. Quelques unes sont allumées. Je les vois car alors moi aussi je parcours ces monuments ; le long d’une même voie, même motif à chaque pas. Inexorablement. Similarité et pourtant immensité. Du haut de l’esplanade, je contemple l’étang, je vois derrière l’horizon des salles de classe, j’aperçois un moment l’avenir, le jour où ces dizaines de milliers d’étudiants tous élevés ici seront parachutés dans le monde.
Et moi, je les regarde seul ; privilège au milieu de la fourmilière ? Pas si sûr, car loin de vivre ensemble, nous vivons les uns sur les autres. Privilégiés notre confort est la priorité. Courir, revenir, être le premier voici ce qui fait de la vie en collectivité, le creuset de l’individualité. Chaque journée rappelle à ces étudiants à quel point ils doivent être performants, à quel point ils doivent réussir. La réussite se fait au dépend des autres, les places sont comptés.
Dans l’immensité, les hommes se regroupent. Dans les mêmes salles de classe, les mêmes restaurants, la lumière les attirent. Mouches bourdonnantes autour d’une unique lampe, les quelques places éclairées dès la nuit tombée deviennent le repaire des plus esseulés. Le travail est leur souffrance commune. Ils sont tous sous la même bougie pour servir le même dessein, leur sérieux.
Peu se fondent dans l’ombre, moi je m’y complet. Je me meus ainsi silencieux, pensif, rêveur. Du noir, je vais à la lumière, mes yeux nourrissent mes rêves. Marcheur, je laisse libre cours à mon unique richesse, l’imagination. Ainsi, je n’ai plus peur d’être écrasé par l’immensité - immensité des Hommes, de l’espace, du futur - car quand je le veux je peux m’évader.